G. Winzenschtark

Cartoon Network : mais c'est pas du jeu !

Cartoon Network : mais c'est pas du jeu !

Non, cet article ne parle pas de jeux. Ce petit article hors-série est là pour faire écho au dernier que j'ai pondu sur Adventure Time Card Wars. Tout simplement parce que j'y citais ça et là quelques-uns des dessins animés Cartoon Network qui marquent cette décennie 2010-2020, sans aller dans les détails. Alors je me suis que quand même, ça valait le coup d'écrire un petit papier pour ouvrir les curiosités de ceux qui ne connaissaient pas. Parce que ces créations valent la peine d'être vues. Parce que les dessins animées, ce n'est pas que pour les enfants. Et parce que les personnalités derrière ces séries sont aussi des geeks, avec une culture, entre autres ludiques, que nous partageons sur Tric Trac. Petit tour rapide, donc, de 5 petites perles à (re)découvrir.

 

Adventure Time

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Diffusée depuis le 5 Avril 2010, la série devenue culte de Peddleton Ward raconteles aventures de Finn l'Humain et de Jake le Chienétirable sur le Continent Ooo. Adventure Time repose sur une structure d'épisodes de 11 minutes, généralement individuels, bien qu'une mythologie plus profonde se creuse au cours des 8 saisons (8ème en diffusion maintenant et une 9ème et dernière l'an prochain). Rendant hommage à la culture geek, Adventure Time s'inspire majoritairement de Donjons et Dragons. Peddleton Ward puisant en effet dans ses parties du JDR pour composer l'univers de Ooo médiévalo-magico-scientifico-barré, le teintant d'une toile de fond post-apocalyptique (avec des cadavres de buildings, machines, ou autres voitures traînant partout). Ce dernier élément, d'abord purement décoratif, s'ajoutant à la bizarrerie de l'univers, se développe peu à peu pour révéler l'envers du décor de la série : nous sommes 1000 ans après une guerre nucléaire qui a ravagé la Terre (laissant un cratère monstrueux sur la planète). La magie est maintenant revenue sur une Terre en forme de logo Apple (le monstrueux cratère), donnant vie à une foule de créatures (à moins qu'il ne s'agisse de radiations), et les humains ont pratiquement disparus.

7699ff55c160184ea182f23db12a4fe2d936.pngPourquoi c'est bon ? Déjà, parce que c'est drôle, vraiment drôle. Adventure Time se permet plein de libertés dans ces épisodes tout en restant cohérent (cf. les épisodes écrits, réalisés et dessinés par des invités, comme l'improbable épisode Food Chain). Ensuite parce qu'Adventure Time aborde des sujets variés et parfois lourds avec poésie, fantaisie et légèreté, et c'est là tout le talent de Peddleton Ward. Que ce soit le cataclysme nucléaire fantasmée de manière délirante mais montrée directement, le thème tragique du dernier survivant ou de l'abandon (Finn s'est fait recueillir bébé par la famille de canidés de Jake, ce dernier étant à la fois son meilleur ami, son coloc, et son frère adoptif), ou encore pour faire vivre à ses personnages des sentiments très réels et cohérents. Nous ne sommes pas dans un cartoon ou une série d'humour où les personnages réagissent de manière exagérée et différente d'un épisode à l'autre. Chaque protagoniste a une personnalité complexe (par exemple Princess Bubblegum, gentille reine ou savante folle et manipulatrice ?) et traverse parfois des moments difficiles. Citons par exemple Finn enchaînant des râteaux de la part de la Princess Bubblegum, suivi d'une histoire d'amour impossible avec Flame Princess, et d'une dépression suite à leur rupture sur plusieurs épisodes (oui), jusqu'à la mise en situation plus tard de ce sentiment étrange et gêné de reparler avec son ex, très bien rendu et sonnant très vrai.

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Et c'est là la vraie délicatesse d'Adventure Time : proposer un contenu riche, fun, bien construit et agréable visuellement (animé à l'ancienne sur papier d'ailleurs), abordant des sujets parfois sensibles avec toujours la même poésie.

 

 

Steven Universe

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Steven Universe naît en novembre 2013 du cerveau et de la main de Rebecca Sugar, auparavant scénariste, animatrice et compositrice d'Adventure Time (elle quitte Finn et Jake pour se consacrer pleinement au petit Steven avec le soutien de l'équipe, une partie travaillant actuellement sur les deux shows). Cette série en 5 saisons annoncées (la 4ème est actuellement en diffusion) narre le quotidien de Steven, fils d'un père terrien et d'une mère "Cristal Gem" (une sorte d'extra-terrestre humanoïde mi-organique mi-minérale) dans la petite ville de Beach City. Steven y vit avec 3 autres Cristal Gem, échouées sur Terre en compagnie de feu sa maman, dont le rôle est de "faire le ménage" dans d'anciens bâtiments de leur civilisation antédiluvienne, mystérieusement corrompus. Accessoirement, elles essayent aussi d'assurer l'éducation de Steven, étrange petit métis humano-cristal gem. Steven quant à lui, vit d'un côté son quotidien de petit garçon affrontant des problèmes aussi terribles qu'acheter un jouet, manger des donuts ou jouer de la musique avec son père ; de l'autre côté, il cherche à découvrir (avec le spectateur) le secret de ses origines, des Cristal Gems corrompues, et apprendre à maîtriser ses pouvoirs contre des créatures étranges.

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Le pari de Rebecca Sugar, c'est de nous maintenir en haleine d'une trame se dévoilant peu à peu, tout en s'attardant pour poser un regard poétique sur la vie de tous les jours. En effet, Steven voit toujours le bon, le doux et le merveilleux dans sa vie sur Terre, et c'est par ce regard doux (et engagé à ce que la douceur persiste et soit reconnue) que le spectateur traverse la série aux couleurs pastels. Plusieurs épisodes d'affilé ne concernent en rien la mythologie, mais plus simplement cette vision tendre, teintée d'humour, qui cherche à nous montrer la poésie du quotidien. La série a aussi le mérite de proposer des personnages féminins forts (que ce soit par leur caractère, complexité, originalité et force brutale), une belle mise en avant féministe loin des clichés (et bien plus fine que du féminazie). Steven Universe est aussi, à ma connaissance, le premier dessin animé pour la jeunesse à large audience à mettre en avant une relation d'amour lesbienne, toute en subtilité et sensibilité. Mais là, je ne vous en dis pas plus, ce serait spoiler.

Série animée mature, Steven Universe est plus proche d'une série télé contemporaine. Bien que nombres d'épisodes soient individuels, la série se centre autour d'une trame unique, qui ne se révèle que peu à peu, un genre d'hybride à la X-Files, où la noirceur serait remplacée par le pastel.

 

 

Regular Show

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Alors là, on entre dans des séries difficiles à pitcher... Regular Show est tout sauf une "série régulière". En 8 saisons et un film de 2010 à 2017, la série de J. G. Quintel (un pote d'études de Peddleton Ward) narreretrace se focalise sur la vie de deux amis d'une vingtaine d'année, Mordecaï le geai bleu et Rigby le raton-laveur, tous deux employés municipaux dans un parc, et leurs nombreuses tentatives pour ne pas travailler. Basé sur le principe de l'exagération, chaque épisode démarre toujours  avec un problème simple (un trou dans une porte, déplacer des chaises, acheter un billet de concert) dont la solution proposée entraînera une chaîne d'événements absurdes et extrêmes (combat de bras de fer avec la mort, destruction de l'espace-temps, voyage forcé dans un futur à la 1984...).

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Regular Show présente un univers où tout peut arriver, et tout semble exister (les animaux anthropomorphes, les humains, ou d'autres trucs invraisemblables comme Benson le distributeur à bonbons acariâtre) mais où la qualité d'écriture des dialogues et personnages sonnent très vrai. C'est un peu comme si vous exposiez des gens normaux à une situation de Loi de Murphy sans limite physiques puissance 1000. De ce cocktail détonnant entre invraisemblance et banalité plate naît un humour à la fois absurde et génial, réussissant à chaque épisode à se réinventer, et à poser la question : jusqu'où vont-ils aller ?

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A noter que la série a été censurée en France dû à son humour plus adulte.

 

 

The Amazing World of Gumball

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Diffusé depuis mai 2011, The Amazing World of Gumball est une série comique en épisodes uniques sur la vie de Gumball, petit garçon chat anthropomorphique. Scénaristiquement, on est sur un schéma classique de série jeunesse sur la vie de tous les jours, avec tout l'aspect exagération cartoonesque des personnages de ce genre de dessin animé. Là où Gumball trouve une saveur que les autres n'ont pas, c'est dans son traitement esthétique, et les implications de celui-ci au coeur des histoires ! L'univers de Gumball est en décors réels, photographiés ou filmés, dans lesquels des personnages sont animés dans différents traits et styles. Gumball et son étrange famille (mi chat, mi lapin, en plus de Drawin, son poisson rouge devenu frère adoptif et meilleur ami quand des bras et des jambes lui ont poussé) sont animés de manière cartoonesque et saccadée, en 2D, mais ils croisent des voisins, amis ou camarades de classes animés en 3D dans différents rendus et textures, d'autres animations papiers comme eux, mais au style graphique et à la fluidité différente, voir même des personnages en stop-motion (marionnettes, pâte à modeler, autres...).

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Ce méli-mélo visuel baroque implique des capacités physiques différentes pour chaque personnage. Dans cet univers, chaque protagoniste semble conscient de sa propre animation, mais aussi de vivre dans un monde de cartoon. Création américano-britannique de l'anglais Ben Bocquelet, The Amazing World of Gumball sert de pêle-mêle à des personnages de publicité jamais utilisés de l'auteur. Joli mélange entre classique de cartoon, humour anglais, et délire visuel, Gumball vaut le coup de se pencher dessus, ne serait-ce que pour admirer l'inventivité et la créativité de ses auteurs.

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Over The Garden Wall

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Pour finir, voyageons avec la petite perle qui tutoie le sublime de Patrick Mc Haye, ami de Peddleton Ward et ancien d'Adventure Time (encore). Over The Garden Wall est une mini-série d'une seule saison de 10 épisodes de 11 minutes, racontant une seule histoire de bout en bout.

Plus proche d'un film de 2 heures coupés en chapitres qu'une série, Over The Garden Wall raconte l'aventure de deux frères, Wirt et Greg, perdus dans des bois et mystérieusement débarqués dans une région inconnue, justement nommée The Unknown. Avec l'aide des habitants plus ou moins inquiétants des bois, et de Béatrice le merlebleu qui parle, Wirt et Greg vont tenter de trouver la sortie de cet Unknown et échapper à l'inquiétant, mystérieux, et très, très, très, mais alors très noir, The Beast.

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Over The Garden Wall est une oeuvre qui ne laissera pas indifférente, et pourra même choquer, tant le message caché entre les lignes est tragique et sombre. Dessin animé ambigu, il parvient à distiller une sensation de malaise autant que de douceur, en croisant avec efficacité et talent des éléments contradictoires : une ambiance glauque contrebalancée par une légèreté et une innocence humoristique de ton, une animation fluide et moderne et une imagerie digne des années 1880, ou encore une écriture série pour enfants et une complexité de mystères évanescents rappelant le meilleur de David Lynch.

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A série concept, production et diffusion concept ! La série a demandé près de deux ans de travail avant de sortir uniquement sur internet, à raison d'un épisode par semaine via une application spéciale. Traversé par une direction artistique riche et précise, digne d'un film d'auteur, Over The Garden Wall a su s'attirer des doubleurs d'exception, tels Elijah Wood (mais si, vous savez, c'est Frodon) pour le personnage de Wirt ou encore Christopher Lloyd (Doc Emmet Brown) pour un personnage récurrent. Que ce soit le travail de la musique, des couleurs, de l'habillage, ou du ton, tout mène ici à une oeuvre unique et singulière, aussi glaçante qu'elle est drôle, et aussi tragique que porteuse d'un beau message de vie. Conçu comme un film à mystère, Over The Garden Wall est à ce jour la seule expérience de Cartoon Network de tendre vers autre chose, vers une création artistique à part entière.

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En espérant que ce petit voyage hors-série vous aura plu,
et aura attisé vos curiosités.

 

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Comments (7)

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Vilou
Vilou
Je rajoute We Bare Bears (Ours pour un et un pour t'ours)
Géniale série sur 3 frangins: Grizz Panda et Polaire, ours aux caractères bien trempés (le friendly grandiloquent, le timide romantique tendance asiatique et l'impitchable aux répliques à la 3ème personne du singulier) qui réussit à singer les travers de la société actuelle avec brio tels que les food trucks,les réseaux sociaux,le swag, les cabas en toile,les Memes d'internet,les romances par écrans interposés, youtube...
G. Winzenschtark
Il y a aussi Uncle Grandpa, qui est du n'importe quoi en barres et ressemble à un bad trip, et le renouveau des Super Nanas qui fonctionne bien =)
barney521
barney521
Merci pour cet article très bien conçu et documenté, du beau travail!
Ca faisait longtemps que je me demandait si je devais ou pas essayer de regarder un épisode d' Adventure Time, ça m'a décidé à sauter le pas.
Yusuke
Yusuke
Je te conseille de regarder c'est vraiment drôle :D
Datavinn
Datavinn
Merci !
NewTom
NewTom
Super, merci Germain. ;)
alexgodlex
alexgodlex
Cool