2020 et le bois tordu

2020 et le bois tordu
Jeux Opla

Je ne vais pas parler de bilan, mais de moment, où le passé connu amène à l’avenir à construire. Je m’étale ainsi tous les deux ans. Ce n’est pas calculé, mais c’est comme ça. Et toujours ici, sur ce TricTrac, alors j'ai eu envie de continuer cette année encore ici ! Une année civile s’est achevée, et par n’importe laquelle. La pire année de l’humanité ? En vrai ? Les livres d'Histoire et les films doivent alors surenchérir, parce que même dans nos contrées privilégiées, pas plus tard qu’il y a quelques décennies, c’était pas des plus jojos… En tout cas, elle fut la plus extraordinaire pour les Jeux Opla, assurément. Pour plein de raisons que je m’en vais vous raconter. Je n’ai jamais été autant touché, stressé, heureux, enthousiaste, inquiet, frileux, téméraire, que cette année 2020. Jamais autant reconnaissant.

Tapuscrire pour s’étaler est toujours assez particulier. Pourquoi le faire, est-ce que ça peut intéresser ? Quelle légitimité ? Est-ce que ça me fait du bien à moi ? Vos précédents retours m’amènent à imaginer un infime crédit à l’exercice. Et ceux que ça gonfle, ben vous n’êtes pas obligés de poursuivre !

Tric Trac

 

Au commencement, le début de la fin.

Les premiers jours de janvier s’annoncèrent riches : le début de ma collaboration avec Fabienne, qui sera ensuite embauchée pour de vrai, le lancement et la sortie de [kosmopoliːt], et les liens avec notre distributeur historique et viscéral, Paille, qui s’annonçaient bien meilleurs et constructifs, grâce à l’implication des amis David et Florent ! Mais…

Mais tout début janvier, Yves Renou, monsieur Paille Editions, m’appelle pour me dire qu’il arrête l’activité fin juin, et que finalement la boite n’est pas reprise… Quel effet ça m’a fait ? Une torpille douloureusement salvatrice ? Quelque chose comme ça… Les liens avec Paille furent toujours très très très intimes, impliquant une franchise familiale malmenant parfois les parties. Mais c’était avec eux depuis le début. On a commencé avec eux. Je n’avais jamais pu me résoudre à partir. A aller voir ailleurs. Toujours le problème quand on ne dissocie pas l’affect du pro. Pourquoi le faire, on est les mêmes personnes au travail et à la maison. D’autant quand on travaille à la maison ! Peut-être que, justement, distiller, insuffler, même inonder le pro de notre moi, ne peut que l’enrichir, au risque de dangers et de souffrances. Mais ne font-ils pas aussi partie de notre vie ? Yves me dira plus tard, en mars : « Tu auras été celui qui m’auras le plus agressé, mais tu seras celui qui sera le moins parti » ! Ou quelque chose comme ça…

Que faire alors ? Signer ailleurs ?

Les nouvelles se propagent vite. Tout le milieu ou presque a su en quelques heures que Paille allait disparaître (on ne saura que quelques mois plus tard que finalement il y aurait un repreneur, donc aujourd’hui Paille existe encore). Que Old Chap et leur remarquable et bankable Fiesta de Los Muertos partaient chez Blackrock. Que Dixit partait chez Asmodée pour rompre cette si belle et saine étrangeté de l’avoir vu rester si longtemps chez Paille, le fait d’autres pour qui la reconnaissance du ventre fut également importante…
Une chance : en quelques jours, puis semaines, plein de distributeurs m’ont appelé pour me proposer leurs services. Ouf, quoi qu’il en soit, Opla ne sera donc pas le bec dans l’eau ! C'était très flatteur de voir des sociétés de distribution motivées pour intégrer notre collection à leur catalogue. Néanmoins… Bien que les appels soient tous plus séduisants et rassurants les uns que les autres, un autre chemin m’aguichait. Depuis toujours, je crois, finalement. Plus risqué, plus inconnu, plus laborieux, plus besogneux. Plus excitant. Plus raccord ! Le chemin de l’indépendance. J’ai toujours extrêmement mal vécu les échecs ou déceptions relatives à la distribution chez Paille. Les mauvaises implantations, les jeux passés inaperçus. La faute à qui ? Je ne supportais pas le fait que je puisse ne pas être responsable du raté. Que ça puisse ne pas fonctionner, et que ce ne soit pas de ma faute. J’ai besoin de m’en vouloir à moi pour comprendre et avancer. Ne pas dépendre. Même si c’est bien plus rassurant. Et plus sûr ! Et c’est le même process pour les réussites ! Ca fait se demander où est la responsabilité, bien qu’elle soit toujours un mélange, dans les ratés et les succès. Tout le monde m’a d’ailleurs conseillé d’aller chez un autre distributeur. Tout le monde y compris de nombreuses boutiques. Que je comprenais complètement. Tout le monde sauf ma famille Opla… Qui me connaît et qui devait avoir confiance… Ou alors ils sont neuneus. J’en doute. Alors j’ai eu beau le réfléchir dans tous les sens, et en février-mars, c’était décidé : Jeux Opla serait indépendant dès le 1er juillet ! J’étais content de voir que tous mes amis éditeurs chez Paille avaient trouvé des distributeurs, que donc personne ne serait sur le carreau. J’aurais eu tout le printemps confiné pour construire les modalités de la distribution made in Opla ! En échangeant beaucoup beaucoup avec plein de gens très chouettes, et surtout plein de boutiques, car ce sont elles les premières concernées ! Et j’avais tellement envie de construire des conditions avec elles et pour elles. Des conditions intelligentes, universelles, avec des offres identiques pour tous, et dans lesquelles tous se retrouveraient malgré tout, quelles que soient les habitudes de commande, quelle que soit la « taille » de la boutique… Merci beaucoup à tous ces ludicaires d’avoir pris du temps pour m’aider dans cette tâche. De m’avoir malmené. C’est important. De m’avoir effrayé, de m’avoir rassuré. Et finalement, ce premier confinement nous aura donné du temps pour être d’équerre le 1er juillet, date de notre indépendance… Je dis « nous » car préparer l’indépendance n’aurait évidemment pas été possible seul ou presque… Donc…

Tric Trac

La famille s'agrandit !

Donc revenons début janvier, car le lendemain du coup de téléphone d’Yves, Fabienne a commencé à travailler avec moi. Un peu au début, puis complètement aujourd’hui ! Fabienne traînasse depuis pas mal d’années dans le milieu ludique, et pour cause, c’est que non seulement évidemment elle joue beaucoup, et surtout elle partage la vie de mon maxi pote Alexandre Droit, célèbre auteur de jeux, avec qui on a publié chez Opla Apocalypse au Zoo de Carson City et ses Extensions de Linda, mais également Pollen et Poc ! je me demande comment je faisais avant qu’elle ne soit là. Elle rend tout plus facile, et chose miraculeuse chez moi, j’arrive à déléguer plutôt pas trop difficilement. Cette petite maison d’édition est une telle partie de moi que je me questionnais sur le fait de la faire s’approprier à d’autres. C’était déjà carrément le cas avec les très proches, mais là le côté officiel et très contractualisé, et responsabilisant, en rajoutait une couche. Finalement une couche de facilitations, de bonnes initiatives, de persévérance… Merci, Fabienne, cette première année a été des plus réjouissantes, je t’interdis de me demander une rupture conventionnelle ou de démissionner ! Rien n’aurait été possible si tu n’avais pas si brillamment fait tout ce que tu as fait !

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Et en ce tout début 2021, la famille s'est encore un peu plus agrandie avec l'embauche de David Boniffacy, que vous connaissez mieux sous le nom de Bony ! Mon ami déjà très intime des Jeux Opla et illustrateurs de quand-même toute notre gamme Nature, notamment Il Etait une Forêt, La Glace et le Ciel et Pom Pom, actuellement tous les trois en prod' pour un 5ème, 3ème et 3ème tirages, respectivement. Avec Johanna mon associée de toujours, nous voilà aujourd'hui quatre avec une parfaite mixité des genres !

Tric Trac

 

Une folie cosmopolite…

Mais finalement, ce qui occupait mon esprit, c’était le moment charnière de ce qui a sans doute été le projet le plus excitant de mon travail en tant qu’auteur-éditeur : le lancement de [kosmopoliːt]. Nous avons la chance que l’équipe audiovisuelle de la Maison des Sciences Humaines de Lyon ait suivi le développement de ce jeu et sa sortie, pour nous concocter un film-documentaire exceptionnelle montrant tout et tout le monde. Donc plutôt que de m’étendre sur le sujet, je vous laisse vous documenter avec ces images qui bougent et qui causent !

Si on me voit peu dessus, c’est principalement parce que durant les quatre années de développement, j’ai régulièrement sorti mon smartphone pour capter des moments au hasard, ce qui a pu servir comme images d’archives dans ce document ! Un grand merci à Christian Dury et Justine Chapelon d’avoir réalisé ce film, et d’avoir intégré notre équipe et participé à nos marrades, nos émois, nos bonheurs et nos flippes !

Le 9 janvier, c’est la soirée de lancement académique. C’est un projet qui regroupe des entités privées (Jeux Opla, Pulsalys) et académiques (CNRS, Université Lyon 2). Et c’est à la base un outil de médiation scientifique. Cette soirée s’est déroulée dans le plus bel amphithéâtre de la fac de Lyon, où se mélangeait la solennité des instances, la joie des protagonistes, la légèreté du ludique et l’importance de la Science. C’est exceptionnel de vivre un moment comme celui-ci pour la sortie d’un jeu de société. Deux jours avant la sortie du jeu en boutiques, le 11 janvier.

Tric TracLes chiffres d’implantation sont très bons, mais pas exceptionnels. En regard du buzz que générait le jeu avant sa sortie. Puis les retours se sont multipliés, les papiers en faisant son éloge également. Et Cannes approchant, les bruits qui avaient commencé à se faire entendre dès 2019 et les présentations du prototype du jeu de sont poursuivis et amplifiés : « votre jeu sera nommé, et même il aura l’As d’Or ». Ok… ça fait plaisir. Mais c’était tellement perpétuel et croissant, et venant de toutes parts, que… bien que je m’en protégeais, ça s’installait un peu trop dans mon esprit. Je me protégeais car l’engouement pour le jeu ne pouvait qu’aller déjà au-delà de combler ma joie, je n’avais pas besoin de plus. L’annonce officielle grand public de la liste des nommés est prévue pour le 28 janvier. Je crois. Le lundi 20 janvier, je crois encore, je reçois des coups de fil car les nommés ont été appelés. Et je n’ai pas été appelé. Je ne pensais pas que je me sentirais si impacté. Je ne le fus jamais pour aucun jeu, mais les voix autour de [kosmopoliːt] avaient durs à ignorer. Il m’a fallu me recentrer pour discerner les choses. Ce n’était en rien contre le jury, en rien contre les jeux nommés, tous très très bons. Puis vint l’annonce officielle, et là c’est une avalanche inattendue de réactions, sur les réseaux sociaux, par mail, par téléphone… Qui font plaisir, évidemment, mais qui rendent le truc encore plus dur à gérer ! Quelle importance, au final ? C’est très bien que ces personnes-là aient choisi ces jeux-là. Ça n’empêche pas chaque commentateur de préférer un autre jeu. Ou d’être du même avis, peu importe. C’est d’autant plus dur que je connais très bien, que j’aime beaucoup, plusieurs des membres du jury. Et que leur tâche est franchement délicate. Que l’intelligence collective d’un tel groupe doit être bien malmenée et que chaque année, en plus, ils doivent bouffer la polémique de machin de de truc. Pour en avoir parler avec plusieurs d’entre eux pas mal de fois, avant, après, je sais très bien ce qu’ils pensent de notre travail. Il s’agit d’un groupe de personnes qui a fait un choix, un excellent choix. Un choix qui n’enlève rien à ce qu’est notre jeu. Et tout ça, c’est très bien ainsi. Cette vague de réactions, et les mots qui en faisaient partie, notamment l’As de Cœur, m’ont beaucoup touché. Nous ont tous beaucoup touchés. Alors j’ai eu envie de préparer un petit quelque chose autour de cette histoire d’As de Cœur, à Cannes, sur notre stand. Parce que Cannes a fini par arriver. Alors que le virus en forme de couronne ne commençait qu’à envahir discrètement nos territoires… Cannes est donc arrivé in extremis !

Tric Trac

 

Merci pour ce moment…

Voilà donc Cannes qui arrive. On met la gomme sur [kosmopoliːt], d’autant que toute l’équipe de linguistes magiques du laboratoire Dynamique du Langage, à l’origine du jeu, sera avec nous ! Et eux, je les aime d’amour. C’était trop cool de partager ces moments avec vous, Egidio, Jennifer, Marion, Emilie et Rabia, et évidemment Christian et Justine ! Donc un stand plus gros. Le double des années précédentes. Plus cher. Le double des années précédentes. On essaye de faire un joli décor, pour que tout le monde, joueurs et équipe Opla, passe le meilleur des moments durant les quatre jours. On organise des événements, des quizz, des tournois… Les linguistes se donnent à fond pour transmettre leur science passionnée au travers de notre jeu. Le stand ne désemplit pas, et on a estimé à 3 000 le nombre de joueurs. On aura vendu 300 boites de [kosmopoliːt]. Et surtout on aura reçu un max. Merci… Julien Prothière (mon co-auteur) et moi avons été sur un petit nuage d’amour. Littéralement. Il ne nous manquait que Stéphane Escapa, l’illustrateur, absent pour des raisons ridicules d’accouchement, et Sébastien Flavier, de développeur de l’appli. On a beaucoup pensé à eux ! Et le vendredi soir, sur le stand, on avait organisé et annoncé un happening surprise, autour de cette histoire d’As de Cœur... J’avais voulu faire plaisir à tous ceux qui nous avaient fait tant plaisir. Et sans doute garderais-je en mémoire de cette année ce moment-là… Merci à tous ceux qui sont venus, qui nous ont dit des choses touchantes. Merci à Matthieu d’Eppenoux, la plus tendre des adorables grandes gueules insupportables, de nous avoir décerné le premier Cocktail d’Or à un jeu qui n’est pas édité par Cocktail Games !

[kosmopoliːt] aura reçu des prix touchants par la suite, créés pour lui. Je pense évidemment au Jeux Descartes Lyon d’Or et au Seal of Approv’Owl des boutiques Descartes (coucou ma Céline et Thierry) et Archichouette (coucou Julien, Lenny, Cecil, JP & co !), respectivement, de Lyon. Et à plein d’autres coups de cœur, de ci, de là, et de partout… Notamment chez Ludovox, et ce Tric Trac Choco décerné par les joueurs !

Je suis, à posteriori, pleinement heureux du travail accompli par nous tous, tant il fut extraordinaire de le mener ensemble. Motivant. Stimulant. Intelligent. Tout n'a été fait que dans le sens du sens, de l'intelligence. Avec coeur et savoir. Avec Science et Conscience. D'une habituelle commande d'un jeu de sensibilisation, on a réalisé un objet ludiculturel magique, riche, surprenant. Qui remplit complètement sa mission ludique, et également sa mission médiatrice. Comme tous nos jeux, mille fois plus loin avec celui-ci, on l'a pensé aux antipodes de ce qu'on voit comme ce que je déteste : les jeux éducatifs, pédagogiques. Marketing pour produits souvent peu ludiques et souvent peu apprenants. C'est dédaigner la puissance apprenante d'un jeu, quel qu'il soit, que d'en qualifier certains d'"éducatifs". On est allé tellement plus loin. Avec Julien on a lâché ce terme de "jeu documentaire", au même titre qu'un film de cinéma "documentaire" (et je pense forcément à mon ami Luc Jacquet et ses films Il Etait Une Forêt, La Glace et le Ciel, L'Empereur...) a pour but d'éblouir, de toucher, par la force du média. D'apprendre ? Peut-être. De transmettre, en tout cas. C'est une voie que j'explorais depuis des années avec les jeux de la gamme Nature comme Pom Pom, Migrato, Il Etait Une Forêt. Et c'est tellement plus pertinent avec [kosmopoliːt]. Ca a été possible par la synergie de nos savoirs-faires et de nos envie, ludiqtes et scientigiques. Où les notions d'héritage de savoir et de richesse de culture sont directement vécues par le joueur, en 6 minutes ! Imaginez un peu, on a enregistré pour le jeu des locuteurs natifs du Negidal, langue sibérienne parlée uniquement dans le monde par 7 personnes ! Langue méconnue, forcément, voué à disparaître, rapidement. Depuis la parution du jeu, chaque jour, des milliers de joueurs entendent désormais du Negidal et en baragouinent quelques mots ! Cet exemple est toujours pour moi le plus magique...

Bref... Merci !

Tric Trac

 

Le monde s’arrête, sens dessus dessous… alors du sens dessus !

Cannes est passé, magique, et moi il fallait que je passe à autre chose. Ben tiens, pourquoi pas une pandémie, un confinement et tout ce qu’on sait. Il aura été mis à profit pour construire notre future indépendance. Il aura aussi été flippant. Pour ce qu’il était, avant tout. Mais quelque part réjouissant comme expérience, introspective, poussant une réflexion imposée. Bref, flippant, quand-même, parce que… Juste au moment du buzz et de l’explosion de [kosmopoliːt]… Est-ce que tout va s’effondrer ensuite ? Comment on va tenir si on ne vend rien pendant deux mois ? La Marche du Crabe doit sortir en juin et ça va être le merdier, alors je décale ? Est-ce que du coup ce n’est pas moins risqué de finalement signer chez un distributeur et de laisser tomber mes caprices ?... Et là, tout de suite, que faire au niveau des prods ? On a plusieurs jeux à relancer, mais pour quand, combien on en tire ? Si le confinement dure longtemps, comment payer les prods ? Si rien ne redémarre à la sortie du confinement ? Pfff…
Il nous faut faire le plus intelligemment possible, construire ce qu’on avait prévu, et inventer pour garder du lien avec les joueurs. C’est le temps des lives Facebook ! Après quelques jours de découvertes techniques (merci Sylvain) pour réaliser un live à 8 en direct sur Facebook, on en pond un premier autour de [kosmopoliːt], notamment avec les linguistes qui pouvaient échanger avec le public. Puis un autre, et un autre… Puis je tente autre chose… J’appelle mes copains illustrateurs, et on organise une battle d’illustrateurs en live (les problèmes de son ont été réglés en quelques minutes) ! Méga succès ! Et méga plaisir à organiser… Alors une autre… Puis d’autres formats…

Beaucoup de discussions avec des amis sur cet événement mondial. Sur la situation, le contexte. Beaucoup de questions. Et me concernant, beaucoup de constats âpres : nous sommes des connards d’humains. Voilà ce qui en ressort. Plus que le confinement, c’est le déconfinement qui a été douloureux. Mon premier jour dans l’hypercentre de Lyon a été violent, bruyant, puant, grouillant. Et cette ambiguïté : je trouve dégueulasse cette compulsion rassurante qui pousse l’humain à acheter en continu, à posséder, au détriment d’avoir, pire, de savoir. Et en même temps j’ai besoin de ça et je travaille à ça, produire et vendre. Et ça me conforte et m’encourage dans ce que je souhaitais depuis toujours : donner du sens à tout ce qu’on propose. Inonder de sens nos jeux, que le jeu le plus simple soit le plus intelligent, dans sa mécanique, dans le ressenti qu’aura le joueur, dans son intention, dans son décorum, dans l’adéquation entre la mécanique, l’histoire et l’enrobage. Que ce soit un tout, et un tout riche. Respecter le joueur. Faire un jeu qu’on estimera le plus qualitatif possible, sachant que c’est parfaitement subjectif, pour le joueur, et jamais un produit pour le client. Ça m’encourage à travailler en toute liberté, à tenter des choses, prendre des risques éditoriaux. Aller là où on ne nous attend pas forcément, en toute liberté et passion. Ça n’est que payant au final. Je pense à la belle histoire qu’on a vécu avec Apocalypse au Zoo de Carson City. Je pense au risque que cela représentait de partir dans cette voie au départ du développement de [kosmopoliːt]. Ne pas suivre les routes, pas pour ne pas les suivre, mais pour construire la sienne. Et tout ceci constituera je l’espère le supplément d’âme du jeu. En tout cas je suis heureux de travailler ainsi avec les auteurs et illustrateurs, qui du coup dépassent largement leur attribution de base. Un Stéphane Escapa aura été tellement plus qu’un illustrateur pour [kosmopoliːt], tant il s’est investi dans toutes les facettes du projet, un Julien Prothière tellement plus qu’un auteur, et un Juan Rodriguez également sur des projets en cours…

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Le monde perd son sens. Et on a beau batailler, c’est ainsi. C’est croissant. Là où on espérait après cette fenêtre d’accalmie un monde d’après différent, on avait eu raison : il s’est rapidement révélé pire. Il a surtout révélé ce qu’on savait à propos de notre nature à nous, à propos de ce qu’on pouvait attendre des pouvoirs publics. Il a révélé notre ignorance. Notre propension à la facilité permanente. Ça aurait dû mettre en avant ce que notre humanité a de plus important, la Culture et la Science. On tue et on tire vers le bas la première, et on illégitime et dévalorise la seconde. Alors c’est important, primordial, de batailler en continu. Sans pour autant se leurrer, ce serait sans doute encore plus dangereux…

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La vraie souffrance de cette année 2020 ? Ne pas échanger. En vrai. Nous qui sommes si souvent en festivals, salons, bars à jeux… Plus rien ! Juste un Cannes et un Vichy masqué… Quel sens que de faire des jeux de société sans être en société ? Tous les biais développés, parties virtuelles, ne sont que des biais qui prouvent le besoin de se voir et être ensemble. Et pourtant ne pas échanger est bel et bien la meilleure solution, le préservatif de cette bête atteinte. Donc on ne peut que subir… Mais c’est dur pour ça… Et on aura quand même bien profité en septembre d’avoir eu la fenêtre pour organiser une tournée lyonnaise des boutiques et bars à jeux avec Julien Prothière et Stéphane Escapa pour rencontrer les joueurs et dédicacer les jeux !

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Mais cette situation a fait aussi exploser (un peu plus encore) le jeu de société moderne. Il arrive même qu’un reportage ne parle pas du Monopoly ! Ça avance donc, doucement mais sûrement, grâce à la qualité des jeux proposés, touchant de plus en plus de monde, de plus en plus diversifié… Grâce aux passionnés professionnels et joueurs. J’ai été invité pour parler de jeux de société modernes lors d’une émission sur France 3 qui a consacré 18 minutes à la chose ludique. Etrange et naturel, qu’en des temps où on ne se voit plus, un loisir basé sur l’échange soit en plein essor ! Rassurant pour nous, professionnels du jeu. Attendu…

 

Libertééééééé !

Le premier juillet, l’indépendance pour la distribution. Tant songée depuis des années finalement. Possible avec une excitation flippée ! Possible grâce à tous ceux qui m’ont épaulé et conseillé. Possible grâce à l’incroyable travail de Fabienne. On franchit ce cap avec l’impression d’avoir construit les meilleures modalités, d’avoir utilisé les bons outils et mis en place les bons process. J’avais proposé un partenariat à mon ami François Koch et sa maison d’édition Jeux FK, avec qui nous partageons la ville de Lyon, une fabrication 100% made in France, une amitié, et désormais un logisticien. En effet, l’essentiel du stock de nos jeux se trouve chez un routeur à Saint-Genis-Laval, dans la banlieue proche de Lyon. C’est aussi le cas pour les Jeux FK, c’est d’ailleurs lui qui nous a gentiment rencardés. C’est ce routeur qui se charge de toute la logistique, à savoir le stockage, la préparation des colis, leur envoi et leur suivi. Ce sont des pros qui ne font que ça, et qui donc ont les outils et le savoir-faire pour que ce soit optimal. Ce qui me semblait être le mieux étant donné le côté chronophage, énergivore et coûteux financièrement de faire tout ça en interne. L’avenir nous dira que ce fut le meilleur choix ! C’est d’ailleurs ici que je ne peux que remercier les équipes logistiques, menées par un Nicolas absolument parfait professionnellement et humainement ! Et donc si une boutique commande en même temps chez Jeux FK et chez Jeux Opla, elle aura les deux francos divisés par deux et ne recevra qu’un colis, tout simplement !

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Le premier mois de notre autodistribution est très rassurant, au-delà de nos prévisions optimistes. Tant au niveau logistique, relationnel, pratique, qu’au niveau des volumes de commandes et de jeux.

La distribution demande un gros travail de communication, et un travail commercial. Les boutiques croulent sous les nouveautés, sous les infos, sous les fournisseurs. Sous les demandes. La venue d’un indépendant n’est pas forcément une bonne nouvelle… Il faut donc beaucoup de pédagogie pour expliquer, et finalement convaincre ! Pour que cette contrainte apparente se transforme en bénéfice, de par ce que permet la liberté du statut…

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La distribution, ce n’est pas que les boutiques de jeux spécialisées. Même si c’est de très loin ce que je préfère. Ce que j’aime même profondément. Les boutiques et les boutiquiers qui sont dedans. Leur ténacité obligée et subie de cette année écoulée, leur créativité pour se réinventer, leur optimisme, le tout en mettant toujours en avant ces jeux qu’ils aiment tant faire découvrir et partager… Les jeux sont malgré tout, aujourd’hui, et de plus en plus, vendus aussi dans des GSS (Grandes Surfaces Spécialisées), telles Cultura et la FNAC… Cette partie du travail nécessite un savoir-faire particulier que je n’ai pas, et que je ne souhaite pas particulièrement acquérir. On a donc la chance que des distributeurs aient accepté de nous distribuer uniquement pour les GSS, nous laissant l’indépendance pour tout le reste. Ainsi a débuté une collaboration avec nos brillants amis de chez BlackRock, qui ont à charge de vendre nos jeux auprès de ces enseignes. Merci à eux pour ce traitement particulier, merci de comprendre, du moins d’accepter mes caprices, comme par exemple le fait qu’il est exclu de vendre nos jeux sur Amazon. Je suis chiant et inflexible parfois, et c’est merveilleux que d’autres en face l’entendent et composent avec ! Merci !

 

Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin !

Durant tout ce temps, j’ai aussi joué à l’éditeur en vrai ! Quand même… Genre, en plus, pas que de jeux dont je suis l’auteur ! Puisque voilà plusieurs années qu’on travaillait sur ce jeu que j’attendais tant également : La Marche du Crabe !

Tric Trac

Pour vous resituer le truc, en 2014, à la sortie de Lincoln se Met au Vert, jeu spin-off de la série de bds cultes Lincoln, j’avais tout de suite l’envie de créer une gamme de jeux bds, avec en tête cette trilogie dont j’étais fan : La Marche du Crabe. Série géniale d’Arthur de Pins, à qui l’on doit d’autres perles comme Pêchés Mignons ou le célèbre Zombillenium. La Marche du Crabe est une série elle-même adaptée un court-métrage remarqué à l’époque, et remarquable, signé du même bonhomme. Tout le moteur d’un jeu me paraissait alors évident dans cette œuvre séquentielle. Tout était là, sauf que… Que dalle, rien de pertinent ne m’est venu… J’en avais alors parlé à quelques copains auteurs, et c’est Julien Prothière, encore lui, également fan de la bd, qui est venu avec un chouette proto qui correspondait carrément à l’histoire. Un coopératif pour deux joueurs. Qui me plaisait bien, mais… Et qui plaisait bien à tous ceux à qui je le montrais, mais… Mais c’était pas suffisant, il manquait ce supplément d’âme dans le ressenti procuré, cette envie d’y retourner… On s’est arrêté là. Jusqu’à ce qu’il présente son proto un peu remanié au festival de créateurs Ludix 2019, où il reçoit le Prix du Jury ! Voilà qui me retitille. Il me file son proto amélioré. Pas grand-chose a changé, et pourtant ça a tout changé ! Et là non seulement je suis rentré dedans, j’y ai cru à mort, mais ça a ouvert la porte au développement d’un mode campagne plage. On contact Soleil, prestigieux éditeur de la série de bds, et Arthur de Pins, que l’on va rencontrer dans un bistrot de Chambéry (oui, ne cherchez pas, c’est parce que je suis Lyonnais, Julien est Romanais et Arthur Parisien). Le moment est exquis. Privilégié déjà me concernant car je suis un grand fan, et c’est toujours particulier de passer un moment avec un artiste qui vous touche. Et exquis parce que d’une part l’entente est là, et l’enthousiasme commun pour le projet aussi ! Et c’était parti pour de vrai ! Julien a travaillé les 11 scénarios, Arthur a fait tous les dessins avec une réactivité record. J’ai dû faire faire à Julien des concessions car il aurait voulu beaucoup plus de matériel dans son jeu, et pour des raisons économiques et éditoriales, je tendais vers un minimalisme épuré. Merci à lui, mais je crois que le rendu final le satisfait plutôt ! J’aimais beaucoup l’idée d’un petit jeu hyper riche dans une toute petite boite à 12 € ! Le jeu a mis pas mal de temps à voir le jour, car bien qu’il soit tout riquiqui, il y a eu derrière un assez gros travail d’édition, qui s’est terminé me concernant par cet exercice dont je raffole : l’écriture du livret de règles. Les jeux de cette gamme étant des spins-offs de séries, je trouve truculent d’emprunter humblement les créations de ces bédéhistes géniaux pour me les approprier en respectant au mieux leur âme, et en ludifiant le machin ! Bony est passé par là pour tout mettre en forme. On est prêts !

Tric TracEt alors que j’avais repoussé la sortie du jeu en septembre, il était dommage de rater l’été, donc il était disponible dès le 8 août ! Et ce serait un vrai test ! Notre première sortie en tant qu’éditeur-distributeur, un jeu qui sort dans un contexte particulier, au mois d’août… Je flippais un peu et espérais vraiment ne pas avoir fait d’erreurs et avoir entraîné Julien et Arthur avec moi… En vrai j’avais carrément les miquettes ! Tout est rassurant, l’implantation est la meilleure qu’on ait connu chez Jeux Opla avec 1716 jeux vendus en août en France. Et un engouement à l’ampleur inattendue, qui entraînera de la part des boutiques de très rapides et volumineux réassorts, une vraie demande de la part des joueurs, et une rupture en octobre, quand les 5000 premières boites ont été vendues ! J’avais relancé assez tôt une production de 6000 jeux, arrivés en stock début novembre pour que ce soit marée basse mi-décembre ! Incroyable ! Et tellement satisfaisant… Bon, cette fois, il faut attendre février pour le voir revenir… On ne pouvait rêver meilleure première année d’indépendance, avec la sortie de deux titres aux ventes honorables ! En tout cas Julien et Arthur sont ok pour que l’histoire ludique des crabes carrés de l’estuaire de la Gironde ne soit pas terminée !

Tric Trac

 

Et à la fin…

L’année s’est terminée par un presqu’confinement… Un mois de novembre appréhendé mais durant lequel on a tout de même bien bossé. Grâce aux boutiques qui ont peu dormi pour mettre en place des systèmes innovants de toutes sortes afin de continuer une activité qui s’avère nécessaire pour les joueurs, sinon essentielle. Ce qui a été très rassurant pour le milieu. Le mois de décembre a été explosif en termes de ventes. Je ne pensais pas qu’on serait de nouveau si vite à court de La Marche du Crabe, je ne pensais pas qu’on pouvait vendre presque 5000 [kosmopoliːt] en un mois, je ne pensais pas que tous les autres jeux tireraient aussi leur épingle du jeu et qu’on risquerait des ruptures, notamment de Pom Pom et La Glace et le Ciel. Je ne saurais jamais trouver les mots pour remercier suffisamment les boutiques de nous porter et les joueurs de nous suivre.

Tric Trac

Puis le Black Friday, grand-messe consumériste qui, bien que je vende des jeux, me révulse. Chaque année, je cherche une petite com fun pour prendre le contrepied de cette niaiserie. J’ai voulu cette année faire un poil plus et matérialiser la chose en vrai. Le jour noir, nous avons augmenté de 20% le prix de tous nos jeux sur notre site internet et la différence allait directement pour l’auteur et l’illustrateur. Il est important de faire prendre conscience de la valeur de ce qu’on achète, qui ne doit pas s’effacer derrière son prix. Et la valeur de nos jeux, des gens qui les ont créés, illustrés, fabriqués, des matières utilisées, est la même ce jour-là que les autres jours.

Amusant, dès cette com lancée sur les internets, j’ai un message de M. Vianney, le boss de la boutique Terres de Jeux à Rennes, qui me demande s’il peut faire ça aussi dans sa boutique avec [kosmopoliːt] et La Marche du Crabe : on lui vend les jeux 20% plus chers, lui aussi, et la différence va directement à l’auteur et l’illustrateur. Voilà qui fait écho à des discussions intéressantes initiées durant le confinement printanier avec des acteurs éditeurs et boutiquiers autour de cette problématique. Le truc imprévu a été ici fait complètement à l’arrache, en à peu près une heure, le temps que Bony prépare des petits visuels à Vianney, et c’était parti ! Et il a laissé courir l’expérience dans sa boutique tout le mois de décembre, laissant le choix à ses clients de payer le jeu au tarif normal, ou majoré pour payer plus l’auteur et l’illustrateur. On se fendra avec Vianney d’un bilan chiffré de cette expérience, mais elle fut surprenante, car presque la totalité des jeux vendus le furent au tarif majoré !

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La fin d’année est toujours le moment fort de la CAL (Collectif des z’Auteurs Lyonnais) qui voit son caltalogue publié. C’est un catalogue issu des initiatives personnelles des acteurs ludiques lyonnais, et avant tout des auteurs de jeux. Imprimé cette année à 7 000 exemplaires, il s’est vite retrouvé dans toutes les boutiques lyonnaises pour aiguiller le joueur ! Nous avons essayé de le faire au mieux et comme toujours dans le rush absolu avec Alexandre Droit, et il a été joliment mis en forme par Pauline Détraz et illustré par Stéphane Escapa. Merci à eux, à tous ceux qui participent de près, de loin ou de nulle part, et à Johan pour organiser nos réunions régulières ! Ce collectif, fondé à la base avec Nicolas Bourgoin et Alexandre Droit il y a une dizaine d’années, me tient carrément par son côté libre, simple et bienveillant. J’aimerais beaucoup prendre plus de temps pour lui, bien que cette fin d’année je lui en ai consacré un peu plus que d’habitude. J’en avais tellement, du temps !

Tric TracC’aura donc été une année très particulière, dont on se rappellera. La pire, pour beaucoup. Pour moi, par certains côtés. La meilleure, aussi, si riche et différente.

 

Les lutins...

Je souhaite ici aussi formuler quelques mots relatifs à nos modes de production, qui sont en marge de la norme. Enfin, la norme, ça a aussi peu de sens que d'appeler l'agriculture conventionnelle celle qui ne respecte certains dogmes éthiques évidents... Tous nos jeux sont produits 100% en France, intégralement pour de vrai et j'y tiens. Et le plus en écofabrication possible, bien que ce soit très subjectif. Il n'y a pas d'usine qui fabrique le jeu en entier, mais selon les éléments du jeu, nous passons par plein de fabricants et tous les éléments du jeu sont envoyé chez Cartonnages de Vaucanson, à Romans-sur-Isère, qui fabriquent les boites et assemblent les jeux. Je souhaite remercier nos fournisseurs car travailler avec la plupart d'entre eux est un plaisir. Au fil des années, les liens se sont créés, les confiances se sont installées et ils font partie de ce tout. J'ai un plaisir tout particulier à chaque production d'un jeu à me rendre dans les usines pour voir la fabrication. Pour faire un live facebook qui vous permet de voir en direct la fabrication du jeu que vous pourrez acheter quelques semaines après chez votre ludicaire favori.

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Je suis très heureux de la commission Jeu & Ecologie de la UEJ (Union des Editeurs de Jeux), à laquelle je participe si peu faute d'agenda... J'ai un peu honte. Mais le travail effectué par les membres qui y mettent du coeur et du temps est remarquable et sera incontournable ! Merci à eux !

Tant qu'on est dans le local et l'ESS, notre labellisation LVED (Lyon Ville Equitable et Durable) a été reconduite pour trois ans ! C'est un label que j'affectionne, qui est presque unique au monde, et qui met en avant le côté durable et social des entreprises du territoire...

 

Et après ?...

Après c’est maintenant. Après c’est continuer, aller plus loin dans la distribution, car il y a beaucoup à faire. Après c’est un nouveau salarié depuis le 1er janvier, Bony, déjà très intime de nos activités depuis le début. Ce qui me réjouit, d’ailleurs, tant il a apporté aux Jeux Opla et tant notre histoire lui doit.

Après, c’est des jeux.

C’est une extension pour [kosmopoliːt], sur laquelle nous travaillons actuellement, qui devrait comprendre trois modules. La même équipe est en place, sauf Marion qui est partie vers de nouveaux horizons… On saura vous en dire plus quand on en aura plus à vous dire. Et on n’a pas de date prévue de sortie ! Sachez déjà que bientôt votre appli va connaître de petites mises à jour avec des nouveautés qui vont vous exciter !

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C’est aussi un maxi projet qui me tient à cœur parce que c’est une vieille idée que j’ai eue il y a plus de cinq ans je crois. Pas vraiment un jeu, mais un nouveau concept tellement conceptuel que je fus incapable techniquement de le matérialiser. Le genre de chose très déprimant ! J’en ai causé à Bony et Juan Rodriguez, qui furent enthousiasmés en voyant le potentiel potentiel de mon machin. Ils ont bossé dessus et ont solutionné mes malheurs. Et de nouvelles idées ont émergé, de toutes parts, pour enrichir encore l’objet… Et tellement de richesses et de possibilités dans un si petit objet ludique incite à créer d’office une collection, avec 6 opus différents disponibles à la sortie. Evolutifs, avec des challenges croissants, des gameplays différents selon l’opus, des surprises visuelles, narratives… Du mystère avant d’ouvrir la boite… Et tout ça pour environ 10 € et de nouveau des petites boites !
Ca vous a donné envie ? J’espère bien parce que je suis méga excité par cette nouvelle gamme, parce que je suis méga heureux de la travailler avec mes amis Juan et Bony, et parce que je me méga-fous d’utiliser trois fois dans une phrase un mot datant d’il y a au moins vingt ans !

Vous en saurez plus tout bientôt, parce qu’on va finir par arrêter de garder autant de secret. Et ça devrait sortir pour septembre…

Allez, les illustrateurs : Mattias Adolfsson, Pieter Bruegel, Pauline Détraz, Jérôme Jouvray, Gustav Klimt et des artistes inconnus (en vrai).

C’est aussi, mais pas avant 2022, un chouette projet avec Juan Rodriguez et Julien Prothière. Un méta-projet tentaculaire à la sauce [kosmopoliːt], plein de sciences et de sens, comme j’aime bien. Et de spectacle vivant, aussi… Un projet qui me touche car il m’a été apporté sur un plateau par mes amis qui se sont substitués avec pertinence à moi-même ! Je retiendrai ce moment de Ludendrôme. Merci plein à vous deux pour votre intelligence et surtout votre amitié…

Quant à moi, je n’ai pas de temps et d’espace d’esprit suffisamment disponible pour créer en solo de nouveau des jeux et c’est une vraie souffrance. Plein de choses en latence depuis longtemps, rien de finalisé. J’espère vraiment terminer un prochain jeu de la gamme Nature.

Et une arlésienne qui me tient pourtant à cœur… Les Jeux de Lyon… Pourquoi pas pour fin 2021 cette fois !

Et toujours des jeux sur-mesure, réalisés avec mes compères habitués, Julien Prothière, Agnès Largeaud… On en reparlera le moment venu aussi si des choses sortent du carcan de la commande, comme ç’eut pu être le cas pour [kosmopoliːt] !

Le mieux pour être au courant de tous ces trucs-là est de nous suivre sur Facebook, Instagram et Twitter !

 

Mon bilan de moi

Vous l’aurez compris, c’est extrêmement positif. Et pourtant c’est pas si simple. Parce que je suis un vrai connard casse-couille. Et de l'intérieur c'est compliqué à vivre ! Et comme mes proches semblent se retrouver là-dedans, ça ne va sans doute pas changer demain. Et c’est étrange que ce soit sur le papier si positif durant une année si négative et douloureuse pour une partie de la population, de mon entourage proche, même.

J’ai la chance incroyable d’avoir développé des jeux, avec des gens complètement géniaux à tout point de vue, qui parlent aux joueurs, et ont suscité un réel engouement. C’est une vraie chance de chanceux quand on fait ce métier. Et je la mesure et la savoure pleinement. Et ne peux que remercier tous ceux qui se retrouvent dans notre travail. Pourtant on ne fait pas les choses pour répondre aux canons de la mode ludique. En même temps, un arbre dont le bois est parfaitement droit finit en planches de buffet ou de cercueil, celui qui est biscornu vivra peinard sa vie en forêt et ne sera pas emmerdé, si ce n’est par les randonneurs qui profiteront de son ombre !

L’intention qu’on cherche en développant une œuvre, en l’occurrence un jeu, ne devrait-elle pas prévaloir sur tout le reste ? J’ai été éberlué de tant d’inconséquence en matant le reportage de Capital, sur M6, il y a quelques semaines, et mettant en scène le duo qui a mis sur le marché Blanc Manger Coco. C’est sans doute mal de citer un autre jeu ainsi ici, mais l’est-ce autant que l’exposition dans un grand média d’un processus éhonté de vol intellectuel du fait de trous dans la loi ? Alors que le milieu cherche à défendre le jeu comme objet culturel ? Quelle est l’image retenue ? C’est facile d’aller piquer un concept qui fonctionne quelque part pour l’adapter en France et gagner des ronds ? C’est ça la créativité ludique ?

Toujours la même question, pourquoi est-ce si dur de dire « non » ? Non, je ne veux pas défendre ça. Je ne veux pas contribuer à ça. Non, je ne veux pas vendre sur Amazon. Non, je ne veux pas signer mon jeu ainsi parce que les conditions ne vont pas dans le sens d’un respect social en environnemental satisfaisant. Non, je ne gagnerai pas ces sous-là. Oui, je vivrai quand-même. Oui, je chercherai et trouverai d’autres voies. Oui, j’offrirai des opportunités à mon esprit de faire autrement. Ne pas faire, ce n’est pas ne rien faire, c’est faire autrement. C’est faire mieux. C’est ne pas céder à la facilité systématique, au confort. Tout est fait aujourd’hui pour ça, et tout va dans ce sens. Ce matin encore l’excellente interview de Gérald Bronner sur France Inter m’a enthousiasmé et fait flipper. Je vous la conseille et vais vite acheter son dernier bouquin.

Ce n’est pas parce qu’on peut qu’on doit.

Je n'ai pas parlé de dizaines de choses qui m'ont touché, chez les autres, leurs actions et leurs productions... Il faudrait pour ça un article aussi conséquent... Mais ils savent !

Mon bilan Opla est avant tout humain, car avec toute la difficulté de ne plus voir les joueurs, les collègues, des liens se sont solidifiés et des échanges magiques ont eu lieu. L’aventure humaine qui a permis [kosmopoliːt] est unique, réunissant des gens différents de milieux différents. C’est le principal leitmotiv de notre activité, les autres, être avec eux, les surprendre, les toucher.

En tout cas, vous, vous me touchez.

Florent.

Tric Trac

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Comments (11)

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barbi
barbi
Bravo et merci de prendre le temps d'écrire tout ca !
Max Riock
Max Riock
Longue vie à Opla et merci pour ces jolis mots qui nous redonne un peu confiance en l'humanité ...
Marchou
Marchou
Vraiment très intéressant ! Je vais m'acheter Kosmopoli:t :D
NewTom
NewTom
Franchement, merci !
Hvernant
Hvernant
Superbe article long et c’est super en ces temps où le nombre de caractères est limité. Que d’envies de passion et conviction dans ce billet. J’ai réalisé que je n’avais pas de jeux opla dans ma ludothèque et m’en vais ce jour corriger ça avec les deux derniers! Merci encore
Eyridïl
Eyridïl
Wahow ! Sacré bilan ! Super intéressant, plein de tripe et de vérité. A l'occasion j'aurais plaisir à causer d'un projet. Bravo pour le courage et la détermination d'assumer ses convictions. Au plaisir de se voir en vrai si l'occasion se représente
Eyridïl
Eyridïl
Tiens mon message est apparu deux fois... étrange...
castorjunior
castorjunior
En ce qui concerne le sujet de Capital, j'ai vraiment regretté que ce ne soit pas kosmopolit mis en avant plutot que cette nullité de bmc. Cela aurait vraiment montré le travail énorme derrière tout ça, les choix courageux (puisque l'emission était consacrée au made in France) de Opla..
Occasion ratée, due sans doute à la méconnaissance absolue du journaliste sur le sujet.
castorjunior
castorjunior
Merci et bravo.
Merci pour les valeurs chevillées au corps et les convictions menées coute que coute.
Bravo pour Kosmopolit que l'on a fait découvrir à pas mal de gens cet été, et pour le boulot pharaonique qu'a du demander ce jeu ainsi que tous les choix à contre courant que vous avez fait.
AlexD
AlexD
Whaou ! Très chouette bilan d'une très belle année.
Bon, en même temps, c'est mérité. Bravo à tous. ;)
Eyridïl
Eyridïl
Wahow ! Sacré bilan ! Super intéressant, plein de tripe et de vérité. A l'occasion j'aurais plaisir à causer d'un projet. Bravo pour le courage et la détermination d'assumer ses convictions. Au plaisir de se recroiser à l'occasion !