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By : Micka18 | Friday, February 9, 2018 at 10:59 AM
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eldarh
eldarh
Antoinette dit :
Tiberias dit :
Dexter269 dit :
eldarh dit :Ha oui ok, ça s'arrange pas les trad'. 
Merci. 

[...]
Du coup, ça m'interpelle quand à la professionnalisation du secteur. Il y a de plus en plus de jeux qui sortent, de plus en plus de joueurs et d'achats, mais pas pour autant une augmentation de la qualité des traductions. Et c'est dommage. Je pense qu'il est temps que certaines facettes des jeux de société soient prises au sérieux. Il y a la traduction qui ne devrait être faite que par des traducteurs professionnels spécialisés dans les jeux. [...] 

Désolé d'entretenir le HS, mais : je suis traducteur à mon compte, spécialisé dans le jeu de société, et en effet je te confirme que tous les auteurs ou éditeurs n'abordent pas la problématique de la traduction de la même façon.

Pour autant j'ai le sentiment que de plus en plus d'auteurs ou d'éditeurs comprennent l'importance de la traduction. Enfin, disons plutôt qu'ils comprennent qu'une mauvaise traduction peut proprement ruiner un jeu ; il faut aussi prendre en compte le fait que tout le monde ne se balade pas sur les forums spécialisés à la recherche de correctifs ou de précisions. Du coup, je rencontre de plus en plus d'éditeurs (ou d'auteurs) qui y apportent un soin particulier. 

En conséquence j'ai développé des partenariats avec plusieurs éditeurs qui me font confiance et qui semblent satisfaits du boulot. Mais j'ai aussi rencontré beaucoup d'éditeurs qui me disent ne pas avoir besoin de traducteur parce que tout est géré en interne, ou qui font appel à des passionnés, trop heureux de rendre service contre une boîte du jeu traduit. Ainsi tout le monde est content : le jeu est traduit, le passionné a sa boîte "gratuitement", et l'éditeur n'a rien à payer. 

Sauf que ... !
Il y a des passionnés qui font un boulot formidable : après tout traduire un jeu de société ne demande pas nécessairement d'être traducteur assermenté ; il faut être efficace, cohérent, méthodique, maîtriser parfaitement l'anglais (l'allemand) et le français, et surtout être joueur. Certains passionnés seront meilleurs qu'un traducteur non spécialisé, précisément parce qu'ils ont de l'expérience en tant que joueur et qu'ils sauront "sentir" le jeu. Les bonnes volontés ne manquent pas dans le monde du jeu après tout, et on trouve régulièrement des gens qui vont se dépasser pour proposer une traduction d'un jeu qui leur tient à cœur et qu'aucun éditeur ne propose. 

Mais il y a aussi des passionnés qui malgré toute la bonne volonté du monde ne sont pas capables de fournir une traduction satisfaisante et laisseront passer des approximations, des erreurs, des maladresses... et c'est là que le bât blesse justement. Et la peine est double car un éditeur ne peut pas vraiment se retourner contre un passionné qui a voulu rendre service mais l'a fait maladroitement. 

A contrario (pas le jeu, l'expression) un professionnel spécialisé maîtrise normalement à la fois la méthode, le bagage technique, et le "sens" du jeu justement. Alors oui il sera plus cher – mais c'est le prix de la tranquillité. Passer par un passionné, c'est un peu lancer une pièce : ça peut être un bon plan si la personne est douée, et dans ce cas c'est tout bénéf ; mais ça peut aussi être une catastrophe qui coûte au final plus cher que l'économie que l'on voulait faire (correctifs, reprints, temps perdu à corriger, image de marque, etc.). Notez que c'est vrai aussi pour la relecture qui est un peu le parent pauvre de la traduction, qui arrive en toute fin de projet quand les délais sont serrés, et qui passe bien souvent à la trappe.

Enfin il arrive à tout le monde de faire des erreurs, passionnés comme professionnels ; la différence c'est qu'une erreur "professionnelle" pardonne beaucoup moins (et c'est la raison pour laquelle je m'efforce d'être extrêmement vigilant dans mon travail – si on paie pour un service, il doit être nickel). 

Pour terminer il faut signaler aussi que le jeu de société est un secteur qui s'est énormément professionalisé ; il n'est que légitime qu'un joueur qui paye une boîte 50€ attende une traduction irréprochable. Dans le temps, tu récupérais ton Caylus à vil prix, tu récupérais la traduction comme tu pouvais, c'était un peu le système D... mais je crois que cette période est terminée et que la traduction va de plus en plus se professionnaliser, peut-être un peu plus tardivement que le reste.

Car oui cela reste un métier à part entière, comme l'illustration ou la maquette : on conçoit difficilement qu'un éditeur illustre un jeu sans passer par un illustrateur... pourtant on conçoit qu'il le traduise sans passer par un traducteur. Avec parfois, le résultat que l'on connaît.

(désolé du pavé, c'est un sujet qui me tient à cœur !)





 

J’ai trouvé ça très intéressant à lire :-)
Donc si la relecture était vraiment respectée lorsque la trad’ est faite par des passionnés beaucoup d’erreurs ne se retrouveraient pas dans les boîtes. 

J'ai l'impression que l'un et l'autre sont liés. Si un éditeur n'est déjà pas prêt à payer un pro (ou juste payer quelqu'un) pour traduire son jeu, je suppose que l'étape "relecture" lui passe au-dessus. D'ailleurs il ferait relire la trad' à qui ? D'autres "amateurs passionnées" ?

Tiberias
Tiberias
En fait ça dépend. Il faut de toute façon une étape de relecture.

Dans le milieu du jeu c'est pour le coup extrêmement rare que la relecture soit faite par un professionnel (parce que oui réviseur/relecteur c'est aussi un métier, ou plutôt une discipline de la traduction). 

C'est bien souvent l'éditeur qui s'en charge en demandant à quelqu'un en interne de relire. L'avantage c'est que souvent la personne connaît le jeu et est plus à même de repérer les étourderies ou incohérences (comme je disais tout le monde fait des erreurs). L'inconvénient c'est que si ce n'est pas son métier, elle peut elle-même laisser passer des coquilles, des fautes de grammaire, d'orthographe ou de syntaxe, ou simplement manquer de méthode. 

Faire faire une relecture par des passionnés n'est pas non plus la solution, car alors on n'a aucun filtre sur la qualité de la relecture. Beaucoup seront de bonne volonté et vont repérer des incohérences. Mais on peut se retrouver avec des corrections qui ne sont pas cohérentes d'un relecteur à l'autre, voire des erreurs (j'ai déjà vu un relecteur bénévole corriger tous mes "après qu'un joueur a tiré des cartes" en "après qu'un joueur ait tiré des cartes" parce qu'il croyait bien faire). 

Après c'est souvent une question de manque de temps. Ouvrir un fichier de règles à des passionnés avant sa publication c'est bien, mais ça demande un travail considérable de tri des commentaires derrière. Entre les gens qui vont dire "moi je dirais plutôt ça comme ça", ceux qui vont se cantonner à l'orthographe et la grammaire, ceux qui vont ajouter des fautes, ceux qui vont repérer des erreurs qui n'en sont pas... c'est pour ça que quasiment personne ne le fait d'ailleurs. C'est trop compliqué de gérer une relecture faite par une dizaine de personnes différentes. 

J'ajoute que normalement dans une relecture il faut non seulement relire, mais aussi comparer avec la VO. C'est même le plus important, et ça demande donc de maîtriser les deux langues.









 
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Dexter269
Dexter269
Merci Tiberias pour toutes ces explications. 

Pour la relecture, c'est souvent demandé à des copains-joueurs de l'éditeur. Je l'ai d'ailleurs déjà fait, que ce soit pour un jeu d'un éditeur francophone ou pour une localisation.
Zemeckis
Zemeckis
Il faudrait changer le nom du topic. Ca ne se fait plus chez Edge.